Homélie pour le 12e dimanche du temps ordinaire Année A « Soyez donc sans crainte »

Hermann Giguère

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P. H. du Séminaire de Québec. Homélie pour le 12e dimanche du temps ordinaire Année A 21 juin 2020. Textes : Jérémie 20, 10-13, Romains 5, 12-15 et Mathieu 10, 26-33.

Dans les évangiles qui sont des écrits qui veulent nous résumer l’activité et le message de Jésus, on suit un certain plan et on vise aussi certaines clientèles. L’évangile de saint Mathieu a eu plusieurs versions, semble-t-il, et celle qui nous est restée s’adresse avant tout aux juifs convertis à la foi chrétienne.

Dans le texte qui nous est présenté aujourd'hui par la liturgie nous reprenons une lecture suivie de cet évangile pour les prochains dimanches. Nous sommes arrivés dans le plan de saint Mathieu à ce que les experts appellent le « Discours aux disciples ». On y a rassemblé dans un discours - un long entretien - plusieurs observations prononcées en diverses circonstances concernant l’attitude des disciples dans leur mission de porter la Bonne Nouvelle aux extrémités du monde.

L’évangile d’aujourd'hui met ensemble des conseils que Jésus a donnés en diverses occasions. Ces conseils pourraient avoir comme thème « Ne craignez pas, soyez sans crainte ». Les paroles de Jésus nous projettent dans des situations inédites qui attendent ses disciples. Il les a envoyés proclamer la Bonne nouvelle du Salut, mais il tient à les avertir des difficultés et des murs qu'ils rencontreront. « Le disciple n'est pas au-dessus du maître ». (Luc 6, 40)

I – Ce qui ne se voit pas

En ce qui concerne les disciples, les paroles de Jésus invitent à faire confiance à ce qui est en eux comme don de Dieu. « Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière » avons-nous entendu il y a un instant. En d'autres termes, ce qui est là n’est pas toujours visible au grand jour. Les débuts d’une semence sont modestes, cachés. Combien de Mozart, de futurs ingénieurs, d’hommes d’affaires talentueux dans ces jeunes qui sont ici ? Ce qu'il y a en eux n'est pas encore révélé, et pourtant la semence est là. Il en est ainsi de la Bonne nouvelle lorsqu'elle a été accueillie comme une semence. On n'en voit pas toujours les fruits. Parfois même, elle semble écrasée. Elle suscite les oppositions. Elle provoque. Mais elle est bien présente. Elle est là.

Ce qui est là dans le secret, même si on ne le voit pas, est présent. C’est souvent là que se vit la vraie vie. Le secret de nos cœurs, de notre générosité, de notre amour sera révélé un jour. « Ne craignez pas, dit Jésus d’aimer, de semer de belles choses, ayez confiance. La confiance, la foi, chasse la crainte. Cela sera révélé autour de vous. Cela se verra un jour ou l’autre ».

On pourrait en témoigner pour plusieurs d’entre nous par rapport à nos parents. Leur amour de couple a été une inspiration, leur dévouement pour leur famille aussi. Et combien d'autres personnes de divers horizons, de diverses conditions, d'époques différentes. La Vierge Marie en est un bel exemple. Elle a simplement été elle-même. Une jeune fille choisie par Dieu pour être la mère de son Fils, une épouse attentive, une mère présente jusqu'à la fin.

II– Pas de crainte de notre Dieu

Dans cet univers changeant et instable, il y a un roc solide. Le Seigneur notre Dieu est le rocher sur lequel on peut s'appuyer en tout temps. Comme le prophète Jérémie persécuté dont fait était la première lecture nous pouvons dire : « le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable ». Après nous avoir permis de regarder ce qu’il y a en nous avec confiance, le « N’ayez pas peur » de Jésus nous tourne maintenant vers Dieu lui-même. « Ne craignez pas, nous répète Jésus ce matin, votre Dieu, celui en qui vous croyez, est un Dieu de bonté et de miséricorde. Vous pouvez vous fier à lui en tout temps et lui faire confiance ».

Notre Dieu n'est pas seulement un Dieu de majesté, un Dieu grand, qui sait juger ce qu’il y a en nous, qui rétribue nos bons coups et qui est juste, mais il est aussi un Père, proche et familier. Il nous soutient. Il croit en nous. Il veut notre bien. Il ne cherche pas à nous écraser, au contraire, il s’intéresse à tout…même à nos cheveux…nos plus petits soucis ne lui sont pas étrangers. « Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ». (Mathieu 10, 30-31)

Les paroles de Jésus ici respirent la confiance et l'abandon sans crainte.

III - Application : les disciples

Dans la troisième partie de l’évangile d'aujourd'hui, Jésus nous fait une promesse. « Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes moi aussi je prononcerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ».

En d'autres mots, Jésus nous dit : « Ne craignez pas de vous prononcer pour moi dans vos milieux de vies, au travail, dans vos familles, à la maison. Ne craignez pas de témoigner de votre foi, de vos valeurs, de ce qui est beau et grand pour vous. Dites-le, même si parfois ce n'est pas entendu ». C’est cela « confesser Jésus-Christ ».

« Bien sûr, écrit un auteur spirituel, décédé il y a quelques années, l’abbé Jules Beaulac, nous ne subirons sans doute pas le martyre pour le simple fait que nous sommes baptisés, mais il peut nous arriver d’éprouver toutes sortes d’ennuis à cause de notre foi à la face du monde. Ainsi venir à la messe le dimanche, faire baptiser ses enfants, participer à la préparation de leur première communion etc. peut en faire sourire quelques-uns qui ne croient pas à ces démarches... Sans verser dans l’ostentation spectaculaire, n’ayons pas peur de montrer que nous sommes chrétiens et heureux de l’être ».

Conclusion

C’est mon souhait le plus cher. Que cette messe nous rende plus forts, plus accueillants et plus heureux d’être disciples de Jésus.

Amen!

Mgr Hermann Giguère P. H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


16 juin 2020

















Lectures de la messe pour le 12e dimanche du temps ordinaire Année A

Première lecture
« Il a délivré le malheureux de la main des méchants » (Jr 20, 10-13)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Moi Jérémie,
j’entends les calomnies de la foule :
« Dénoncez-le ! Allons le dénoncer,
celui-là, l’Épouvante-de-tous-côtés. »
Tous mes amis guettent mes faux pas, ils disent :
« Peut-être se laissera-t-il séduire...
Nous réussirons,
et nous prendrons sur lui notre revanche ! »
Mais le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable :
mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas.
Leur défaite les couvrira de honte,
d’une confusion éternelle, inoubliable.

Seigneur de l’univers, toi qui scrutes l’homme juste,
toi qui vois les reins et les cœurs,
fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras,
car c'est à toi que j’ai remis ma cause.

Chantez le Seigneur, louez le Seigneur :
il a délivré le malheureux de la main des méchants.

– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 68 (69), 8-10, 14.17, 33-35)

R/ Dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi. (Ps 68, 14c)

C’est pour toi que j’endure l’insulte,
que la honte me couvre le visage :
je suis un étranger pour mes frères,
un inconnu pour les fils de ma mère.
L’amour de ta maison m’a perdu ;
on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi.

Et moi, je te prie, Seigneur :
c’est l’heure de ta grâce ;
dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi,
par ta vérité sauve-moi.
Réponds-moi, Seigneur,
car il est bon, ton amour ;
dans ta grande tendresse, regarde-moi.

Les pauvres l’ont vu, ils sont en fête :
« Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! »
Car le Seigneur écoute les humbles,
il n’oublie pas les siens emprisonnés.
Que le ciel et la terre le célèbrent,
les mers et tout leur peuplement !


Deuxième lecture
« Le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure » (Rm 5, 12-15)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
nous savons que par un seul homme,
le péché est entré dans le monde,
et que par le péché est venue la mort ;
et ainsi, la mort est passée en tous les hommes,
étant donné que tous ont péché.
Avant la loi de Moïse, le péché était déjà dans le monde,
mais le péché ne peut être imputé à personne
tant qu’il n’y a pas de loi.
Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse,
la mort a établi son règne,
même sur ceux qui n’avaient pas péché
par une transgression semblable à celle d’Adam.
Or, Adam préfigure celui qui devait venir.

Mais il n'en va pas du don gratuit comme de la faute.
En effet, si la mort a frappé la multitude
par la faute d’un seul,
combien plus la grâce de Dieu
s’est-elle répandue en abondance sur la multitude,
cette grâce qui est donnée en un seul homme,
Jésus Christ.

– Parole du Seigneur.


Évangile
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps » (Mt 10, 26-33)

Alléluia. Alléluia.
L’Esprit de vérité
rendra témoignage en ma faveur, dit le Seigneur.
Et vous aussi, vous allez rendre témoignage.
Alléluia. (cf. Jn 15, 26b-27a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Jésus disait à ses Apôtres :
« Ne craignez pas les hommes ;
rien n’est voilé qui ne sera dévoilé,
rien n’est caché qui ne sera connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres,
dites-le en pleine lumière ;
ce que vous entendez au creux de l’oreille,
proclamez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps
sans pouvoir tuer l’âme ;
craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne
l’âme aussi bien que le corps.
Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ?
Or, pas un seul ne tombe à terre
sans que votre Père le veuille.
Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
Soyez donc sans crainte :
vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes,
moi aussi je me déclarerai pour lui
devant mon Père qui est aux cieux.
Mais celui qui me reniera devant les hommes,
moi aussi je le renierai
devant mon Père qui est aux cieux. »

– Acclamons la Parole de Dieu.





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