Homélie pour le 14e dimanche du temps ordinaire Année A (Mathieu 11, 25-30) : « Joug doux et fardeau léger… »

Hermann Giguère

Homélie à la Chapelle du Lac Poulin et à la Chapelle du Lac Raquette par Mgr Hermann Giguère P.H., recteur de ces dessertes le 6 juillet 2014 pour le 14e dimanche du temps ordinaire Année A. Reprise le 9 juillet 2017. Textes: Zacharie 9, 9-10; Romains 8, 9.11-13 et Mathieu 11, 25-30.

Nous suivons les dimanches du temps liturgique ordinaire qui se situent après la Pentecôte. En cette année A, ils nous accompagnent avec des textes de l'évangile de saint Mathieu qui sont pour nous la Parole de Dieu toujours vivante et inspirante.

En quoi les textes que nous venons d’entendre et d’écouter ce matin peuvent-ils nous faire vivre et nous inspirer aujourd’hui? C’est le rôle du prêtre qui fait l’homélie d’aider les membres de l’assemblée à répondre à cette question pour actualiser la Parole de Dieu. Voici quelques pistes bien simplement et sans prétention.

I – Les sages et les savants versus les petits et les humbles

La première partie du texte de l’évangile d’aujourd’hui nous présente un message clair. Jésus argumente de façon percutante. Il simplifie et oppose les sages et les savants aux petits et aux humbles. Sa position est nette. Ses disciples seront des gens simples, humbles, capables de recevoir. Ils ne se réfugieront pas dans leurs capacités personnelles, ni ne se poseront au-dessus de leurs frères et sœurs. Ils se feront petits comme Jésus l’a fait.

L’image que donne le prophète Zacharie dans la première lecture l’exprime avec bonheur. Notre Dieu est un Dieu humble qui vient monté sur un âne. Il ne s’impose pas par la force ni par les connaissances. Il en va ainsi pour ses disciples.

« Ce que tu as caché aux sages et au savants, tu l’as révélé aux tout-petits ». C’est en entrant dans une attitude de disponibilité humble que la porte de notre cœur s’ouvre. Jésus, le Fils bien-aimé du Père, peut nous faire entrer à sa suite dans le Cœur de Dieu car « personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »

Cette « révélation » sur les petits ne veut pas dire qu’il faut rejeter la réflexion et les connaissances humaines. Non! L’opposition percutante que Jésus fait veut simplement nous indiquer où se trouve les « vrais sages » et les « vrais savants ». Ce sont les personnes qui savent reconnaître leurs limites devant Dieu, qui se sentent tout-petits devant le mystère de Dieu. On raconte qu’à la fin de sa vie, un grand sage et grand savant, saint Thomas d’Aquin, qui avait enseigné la théologie et écrit de nombreux livres, disait que tous ces cours et tous ces écrits n’étaient rien à côté de sa rencontre personnelle et mystique avec Dieu : « Tout ce que j'ai écrit n'est que paille à côté de ce qui m'a été révélé ».

II– Le joug et le fardeau

Revenons au texte de l’évangile. Sa deuxième partie mérite de retenir notre attention aussi, car elle apporte un message bienvenu dans nos vies si agitées parfois.

Quel est ce message? Jésus par une image bien connue de ses auditrices et de ses auditeurs leur fait comprendre qu’ils peuvent toujours compter sur Lui, qu’Il porte leurs fardeaux avec eux.

L’image choisie est celle d’un joug. Ce mot est employé le plus souvent de nos jours dans un sens figuré. Il exprime l’autorité qui écrase ou encore les problèmes qui pèsent lourd. Mais ce mot, dans son sens strict, nous réfère à un instrument habituellement en bois qui unit deux bœufs pour tirer une charrue, par exemple, ou une charge quelconque. Les deux animaux ainsi se coordonnent et s’entraident dans leur action. C’est cette image que Jésus a à l’esprit lorsqu’il dit « Prenez sur vous mon joug… Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ».

Les disciples de Jésus que nous sommes comme chrétiens ne sont pas prisonniers d’obligations qui écrasent. La première et la plus importante des obligations c’est celle de la loi de l’amour. Le Père envoie Jésus nous révéler qu’il est un Dieu d’amour. Son nom est AMOUR.

Ainsi les peines, les problèmes, les fardeaux ne disparaissent pas complètement de la vie, mais ceux-ci n’ont pas la même pesanteur qu’ils auraient si nous n’avions pas cette assurance que l’amour de Dieu est là toujours présent « au cœur de nos vies » comme le dit le chant bien connu : « Tu es là au cœur de nos vies Et c’est toi qui nous fait vivre ».

III– L’action de l’Esprit

Le mystère de cette présence de Dieu « au cœur de nos vies » est rendu possible parce que nous avons reçu l’Esprit, comme le rappelle saint Paul aux chrétiens de Rome. Dans ce beau chapitre 8 de la Lettre aux Romains dont on a lu un extrait, saint Paul rappelle aux chrétiens de Rome, avec sa verve habituelle, qu’ils ne vivent plus sous l’emprise de leurs passions comme avant leur baptême, « selon la chair » dit-il, mais sous l’emprise de l’Esprit puisque l’Esprit de Dieu habite en eux. Il les invite à vivre « selon l'Esprit ».

Saint Paul insiste pour montrer que cette vie dans l’Esprit détruit ce qui rétrécit et rapetisse notre cœur. Elle l’ouvre, le rend accueillant aux autres, Et surtout elle fait sortir en nous ce qu’il y a de beau et de bon et nous éloigne ainsi des « désordres de l’homme pécheur ».

Conclusion

En terminant faisons cette prière :

« Seigneur, nous qui peinons sous le poids du fardeau, le poids du péché nous venons vers toi. Nous voulons te dire, dans l’espérance des petits et des humbles, que nous sommes sûrs de ta tendresse et de ton amour pour nous. Ouvre nos yeux sur ceux et celles qui nous entourent, ceux et celles qui sont proches ou qui sont loin. Que sous l’emprise de l’Esprit de Jésus nous ne les jugions pas, que nous les aimions et les voyions comme toi tu les aimes et les vois. Que cette Eucharistie, Seigneur, où Jésus nous révèle ta présence mystérieuse nous fasse trouver la paix, la sérénité et le repos. »

Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Séminaire de Québec



9 juillet 2017














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