Homélie pour le 16e dimanche du temps ordinaire Année A (Mathieu 13, 24-30) - Parabole de l'ivraie et du bon grain : « La patience est la profondeur de l'amour »

Hermann Giguère

Homélie à la Chapelle du Lac Poulin et à la Chapelle du Lac Raquette par Mgr Hermann Giguère P.H., recteur de ces dessertes le 20 juillet 2014 pour le 16e dimanche du temps ordinaire Année A. Reprise le 23 juillet 2017. Textes: Sagesse 12,13.16-19, Romains 8, 26-27 et Matthieu 13, 24-30 (lecture brève : parabole de l'ivraie et du bon grain).

Je ne suis pas sûr si vous seriez d’accord pour laisser pousser les mauvaises herbes dans votre jardin ou encore sur votre gazon. Je soupçonne que vous faites tout pour les combattre, traitement le printemps etc.

Il s’agit bien de mauvaises herbes dans l’image de l’ivraie dont parle le texte de l’évangile qui vient d’être lu. L’ivraie représente ce qui nuit, ce qui est nocif, le mal, en somme, dans le monde ou encore en chacun de soi. Le bon grain c’est ce qui est bon, c’est le bien.

Et l’attitude du propriétaire qui représente Dieu n’a pas beaucoup de sens. Ce qui est normal, c’est de s’occuper d’enlever les mauvaises herbes. Et pourtant le propriétaire dit dans le texte de l’évangile : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson. »

Pourquoi une telle attitude de la part du propriétaire qui représente Dieu?

I – L’attitude du propriétaire, de Dieu

Comment qualifier l’attitude du propriétaire, de Dieu? En un mot, je dirais que « Dieu est humain » et qu’il veut que nous le soyons. Dieu a bon cœur, il est compréhensif, il n’écrase pas.

Voyez-vous, les mauvaises herbes et le bon grain ici sont une image qui nous représente. On a des mauvais, mais aussi de bons côtés. On n’est pas des choses, des objets qu’on manipule. On est des personnes avec des sentiments, de la bonne volonté, des faiblesses aussi et on n’agit pas avec les personnes sans les respecter, sans prendre le temps de leur donner une chance. C’est pourquoi, Dieu qui agit « humainement », pourrait-on dire, avec nous veut donner une chance à chacun et lui laisser tout le temps qu’il faut. Il est patient. « La patience, a dit un poète, est la profondeur de l’amour ». Comme c’est vrai avec Dieu. C’est encourageant.

II – Comment Dieu exerce-t-il sa patience?

Comment Dieu fait-il? Son secret c’est de regarder non seulement le mal, le mauvais, mais aussi le bon qu’il y a dans les personnes, dans le monde, en nous aussi. C’est comme cela que Dieu agit, et comme cela qu’il veut que nous agissions nous aussi?

Avez-vous remarqué que cette façon de faire attire beaucoup plus qu’une attitude négative? C’est saint François de Sales qui disait « on attrape plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec une tasse de vinaigre ». Faire sortir le bon chez son mari, chez son épouse, chez ses enfants. Voir le positif d’abord et pas toujours le négatif.

Pourquoi Dieu agit-il ainsi? C’est la pointe de cette parabole, le message essentiel qui est le suivant : on est toujours en croissance spirituelle. Le Royaume de Dieu est en croissance et se développe au fil des ans. « La Parole de Dieu porte du fruit dans la patience » écrivait à des missionnaires saint François de Laval (1623-1708), premier évêque de Québec et fondateur du Séminaire de Québec. Il faut compter avec le temps quand on grandit, quand on se développe. Regarder vos enfants. Quelle patience ils vous ont demandé parfois.

II – Application concrète

Ici il y a deux dangers dont il faut prendre conscience, deux écueils à éviter.

Le premier est celui de vouloir aller trop vite. Dieu nous dit ici de prendre le temps qu’il faut. Il y a un dicton qui le résume bien : « Tirer sur une fleur ne la fait pas pousser plus vite ». Dieu fait confiance aux capacités de grandir en dedans de nous, il fait confiance à l’Esprit dont parle saint Paul dans la deuxième lecture, l’Esprit qui agit en nous. Dieu fait preuve de réalisme, fait preuve de tolérance. Ainsi nous aussi.

Le second danger est à l’opposé, c’est celui de se renfermer. « Tout est pourri. Y a rien à faire. Moi je m’en fous. C’est mon destin. Y pas de moyen de changer. » On se renferme dans un cocon. Alors que Dieu ici nous dit : « Tout n’est pas parfait dans le monde, il y a bien des ambigüités, dans l’Église aussi, dans votre vie, mais ne soyez pas défaitistes ou fatalistes. À travers l’ivraie, le bon grain va pousser quand même avec le temps. Faites votre possible et laisser, abandonner le reste entre mes mains. » Encore ici une belle phrase de saint François de Laval l’exprime bien « Nous n'avons qu'à lui être fidèles et le laisser faire ».

Conclusion

Cet enseignement est très encourageant aujourd’hui. Ce n’est pas la facilité qui est prêchée. Il faut se retrousser les manches, faire sortir le bon mais, en même temps, il faut accepter que ça prend du temps parfois et aussi que tout n’est pas parfait.

Faisons ensemble cette prière écrite par l’abbé Jules Beaulac :

Esprit Saint,
Toi qui es l’agent de croissance par excellence, viens en nous.
Enseigne-nous à ne pas voir seulement le mal qu’il y a dans le monde, mais à découvrir le bien qui y pousse bellement.
Préserve-nous du découragement qui nous démobiliserait et nous déprimerait.
Garde-nous dans la confiance et l’espérance, convaincus que le bien pousse même au milieu du mal et sûrs que Tu nous soutiens et nous éclaires sur tous nos chemins!



Amen!

Mgr Hermann Giguère, P.H.
Séminaire de Québec


18 juillet 2017

















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