Homélie pour le 28e dimanche du temps ordinaire Année B « Viens, suis-moi »

Hermann Giguère

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 14 octobre 2018 Année B. Textes: Sagesse 7, 7-11, Hébreux 4, 12-13 et le jeune homme riche Marc 10, 17-27.

On ne peut commenter cet épisode très connu de l’évangile selon saint Marc sans rappeler la phrase de Jésus qu’on a retenue : « Il le regarda et il l’aima ». Cette petite phrase a traversé les siècles. Ce jeune homme riche est devenu un symbole de l’appel de Jésus à chacun et à chacune d’entre nous. Commençons par écouter cet appel au jeune homme riche avant de nous arrêter au nôtre.

I – L’appel du jeune homme riche

Le contexte de cette rencontre est situé par saint Marc dans le cadre d’un enseignement de Jésus sur la richesse. C’est ce qui rend l’appel du jeune homme riche si percutant.

En effet, après que le jeune homme se soit défilé en entendant le « Si tu veux être parfait », Jésus commente cette attitude d’une façon forte en disant que pour entrer dans le Royaume de Dieu les riches ne l’aurons pas facile. C’est comme passer par le trou d’une aiguille, dit-il.

Il faut donc prendre acte de ce contexte pour comprendre le sens de cet épisode que saint Marc nous raconte pour le bénéfice des premiers chrétiens et pour le nôtre.

Si on y regarde de près, on voit que l’appel du jeune homme riche est un appel qui ne s’adresse pas à lui seulement. Il redit l’appel qui est fait à tous les chrétiens quels qu’ils soient. Il est porteur d’une invitation qui reprend celles des Béatitudes dont la première est « Bienheureux les pauvres car ils verront Dieu ».

D’ailleurs, en d’autres endroits de l’évangile, Jésus met en garde contre les richesses, comme par exemple, dans la parabole où il raconte comment un riche fermier amassait plein de réserves de blé et à qui Dieu dit : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » À quoi te serviront toutes ces possessions.

Ici l'évangile de saint Marc ne dit pas que le jeune homme riche s’est éloigné et séparé de Dieu en quittant avec un air penaud, mais il veut nous montrer que le jeune homme a comme manqué une occasion qui lui était présentée d’aller au bout de son engagement de croyant, ce qui aurait fait de lui un disciple remarquable de Jésus comme l’ont été les apôtres Pierre, Jacques, Jean et les autres.

Passons maintenant à nous.

III- Notre appel

Le jeune homme riche représente chacun et chacune d’entre nous.

Dans nos vies, il se présente plusieurs situations où comme le jeune homme riche le Seigneur nous lance un appel. Ce peut être à l’occasion d’une perte, d’un séparation, de diminutions physiques, de problèmes de santé, d’amitiés et de joies partagés, d’une étape de vie comme le départ des enfants de la maison ou comme le passage à la retraite etc.

Ces situations nous posent forcément la question « Que me faut-il faire? » Et c’est là que la scène du jeune homme riche nous est précieuse.

Tout d’abord, il faut se souvenir que les appels de Dieu sont une grâce qui nous est donnée. « Jésus le regarda et il l’aima ». Ils sont le regard et l’amour de Jésus qui nous sont manifestés

Nous pouvons répondre comme le jeune homme riche, « Seigneur, j'ai bien vécu et j’ai été un bon chrétien ». « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse ». C’est déjà beaucoup si nous pouvons dire cela. Mais ce que l’évangile d’aujourd’hui illustre c’est que cet appel est toujours à l’œuvre et qu’il n’a pas de limites. Il n’y a pas deux appels un pour les gens parfaits et un pour les autres. L’appel à suivre Jésus est le même pour tous et toutes comme l’évangile est le même pour tous et toutes.

Saint Paul l’avait bien compris quand il écrivait à ses chrétiens d’Éphèse. « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous. À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ.  » (Éphésiens 4, 4-7)

« Selon la mesure du don fait par le Christ ». C’est important de se le redire car on peut sombrer dans une espèce de classification ou de compétition où on se dit : « plus j’en fais, plus je suis proche de Jésus », alors qu’il faut se dire : « plus je réponds à ce qu’il me demande dans ma situation de vie, plus je suis proche de lui ».

III- La sainteté pour toutes et tous

C’est sur cette base que s’est appuyé le pape François dans son Exhortation apostolique sur la sainteté publiée le 9 avril 2018 lorsqu’il écrit : « Ce qui importe c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Corinthiens 12, 7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui ». (Numéro 11)

Il n’y pas deux sortes de sainteté. Il y a des hommes et des femmes qui se laissent regarder par Jésus qui les aime et qui répondent selon l’inspiration de leur cœur et selon leurs possibilités. Ils forment une «  grande nuée de témoins ». « Et parmi eux, continue le pape,  il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Timothée 1, 5). Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur. » (Numéro 3) Le pape François les appelle « les saints de la porte d’à côté » ou « la classe moyenne de la sainteté ». (Numéro 7)

Les chemins de la sainteté, pour nous comme pour le jeune homme riche, ne peuvent faire l’économie des appels évangéliques que Jésus a lancés tout au cours de sa vie et qui sont résumés dans les Béatitudes. Le pape François les présente comme le chemin toujours à reprendre et toujours là. « À travers celles-ci, écrit le pape, se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur ». (Numéros 63 et 64)

Conclusion

« Il le regarda et il l’aima », cette phrase, avec raison, a été retenue parce que Jésus ressuscité continue de regarder et d’aimer ceux et celles qui s’approchent de lui, qui l'abordent comme un Maître de vie et qui désirent le suivre.

Que notre rencontre fraternelle en ce dimanche soit pour nous un soutien sur les chemins de la vie et, comme les premiers chrétiens auxquels s’adresse saint Marc, redisons notre désir de suivre Jésus quels que soient les difficultés et les détachements à faire, car, avec lui, nous entrons déjà dans le Royaume de Dieu qu’il est venu non seulement annoncer mais qui est déjà présent parmi nous.

Amen!


Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec

9 octobre 2018



















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