Homélie pour le 30e dimanche du temps ordinaire Année C « À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes »

Hermann Giguère

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P.H. du Séminaire de Québec. Homélie du 27 octobre 2019. Textes: Siracide 35, 15b-17.20-22a, 2 Timothée 4, 6-8.16-18 et Luc 18, 9-14 le pharisien et le publicain

Le but de cette histoire ou parabole bien connue du pharisien et du publicain en prière racontée par Jésus nous est donné d’entrée de jeu par les premières phrases qui la situe bien : « À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » Jésus r aconte la parabole que voici.

Je commencerai donc par essayer de voir avec vous ce que signifie pour Jésus être juste, puis je ferai ma lecture de la parabole dans cette lumière,

I – Qui est « juste »?

Comme moi, vous vous demandez sûrement qui est une personne « juste »? Les Saintes Écritures utilisent ce terme très souvent. Les « justes » sont ceux et celles dont les pensées, les paroles, les actions sont entièrement conformes à la volonté de Dieu. Ce sont, en un mot, des personnes qui sont « ajustées » à Dieu.

Le « Juste parfait » c’est Jésus. Dans sa vie et ses actions il montre comment on peut devenir « juste » nous aussi. Et comment le devenir me demanderez-vous ? Saint Paul s’est posé la question bien avant nous. Sa réponse tient en un mot : la grâce de Dieu : « Lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus » (Romains 3, 24) . C’est Dieu lui-même qui nous « ajuste » à Lui, qui change notre cœur de pierre en un cœur de chair. Il prend ainsi toute la place dans nos vies qui ne sont plus à nous-mêmes, mais à Lui en union avec le Christ ressuscité (cf. Romains 3, 21-26).

On pourrait dire que ce terme de « juste » est souvent mal compris. On l'entend plutôt dans son sens premier qui est de respecter la vertu de justice et ainsi de rendre à chacun ce qui lui revient. La justice règle les rapports sociaux et les rapports aux biens matériels. Dans l’Alliance avec Dieu, la justice va plus loin. La personne « juste » est celle qui observe la loi de Dieu, qui reçoit et garde les commandements de Dieu.

Vous le voyez, le terme « juste » est très riche. Il exprime un idéal de vie élevé, un idéal de proximité même avec Dieu. Dans nos mots d’aujourd’hui, on pourrait le remplacer souvent par le terme « saint » car la sainteté est l’idéal vers lequel chemine tout disciple de Jésus : « À l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, lit-on dans la première Lettre attribuée à saint Pierre, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : Vous serez saints, car moi, je suis saint  ». ( 1 Pierre 1 15-16).

II – L’histoire ou parabole de Jésus

Avec cette perspective en tête, l’histoire de Jésus est des plus parlantes pour nous encore aujourd’hui. Elle met en scène deux personnes qui donnent des images opposées de ce qu’est être « juste ».

Le premier, le pharisien, rempli de lui-même se fait une gloire d’être « juste » selon ce qu'il pense. Il se voit au-dessus des autres, dans une classe à part. Il fait partie de ceux que Jésus présente comme « convaincus d’être justes et qui méprisent les autres ». Il se drape dans sa fidélité à observer la Loi : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. »

On ne peut faire mieux comme suffisance et orgueil. Pour ce pharisien, être « juste » n’est plus un chemin d’écoute de la Parole de Dieu, mais un privilège dont il se glorifie et qui lui fait mépriser les autres. S’agit-il bien de ce que Dieu désire des personnes « justes », qui s’ « ajustent à sa volonté » ?

La réponse nous est donnée dans la suite de l’histoire de Jésus où il décrit une autre attitude qui est celle d’un collecteur d’impôt, un publicain, qui était méprisé de ses contemporains. Dans son histoire Jésus le présente comme quelqu’un d’humble, pas du tout rempli de lui-même, conscient de ses limites qu’il exprime ainsi dans sa prière en se frappant la poitrine et en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » Le sage, Siracide, de l'Ancien Testament dans la première lecture, le constatait et l'exprimait ainsi : « La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice ».

Ce publicain conclut Jésus, quand il redescendit dans sa maison, « c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. »

III- Application

En écoutant cette histoire, cette parabole, qui est facile à comprendre, on peut se demander de qui sommes-nous le plus près dans nos vies de disciples de Jésus? Du pharisien ou du publicain?

On peut se poser la question parce que le pharisien et le publicain sont des images qui nous invitent à nous interroger sur notre façon de nous ajuster à Dieu dans nos vies. Et nous sommes bien obligés de constater, quand nous nous regardons sérieusement, que le pharisien et le publicain coexistent dans nos vies. Il arrive que nous soyons parfois dans une attitude semblable à celle du pharisien remplis de nous-mêmes et regardant les autres avec condescendance.

Nous sommes, je l’espère, le plus souvent comme le publicain, conscients de nos limites et de nos faiblesses, capables de dire comme lui « je suis pécheur, j’ai besoin de la grâce de Dieu » . Je ne puis pas être pleinement moi-même sans l’aide de Dieu. C’est cela que nous fait dire la foi en la puissance créatrice de Dieu qui refait toutes choses nouvelles et qui rend « justes » ceux et celles qui s’en remettent à lui. « Le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l’opprimé » avons-nous entendu dans la première lecture.

Conclusion

Comme je le disais en commençant, J’ai été frappé par la première phrase de cet évangile qui m’a semblé donner une clé pour méditer cette année cette fameuse histoire du pharisien et du publicain. D'autres pistes peuvent se dégager d’une telle histoire, bien sûr, mais je vous ai partagé celle-ci pour nous aider dans notre célébration où nous sommes invités comme à chaque Eucharistie à nous laisser remplir de la vie de Dieu, de sa présence pour la faire rayonner autour de nous en reconnaissant que nous sommes pécheurs nous aussi.

En partageant le Corps du Christ, nous devenons de plus en plus « justes », « ajustés à la volonté de Dieu » comme Lui l’a été jusqu’à la fin. C’est pourquoi, Dieu l’a ressuscité et nous l’a donné comme Seigneur et Sauveur.


Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec

22 octobre 2019


Lectures de la messe pour le 30e dimanche du temps ordinaire Année C

Première lecture
« La prière du pauvre traverse les nuées » (Si 35, 15b-17.20-22a)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Le Seigneur est un juge
qui se montre impartial envers les personnes.
Il ne défavorise pas le pauvre,
il écoute la prière de l’opprimé.
Il ne méprise pas la supplication de l’orphelin,
ni la plainte répétée de la veuve.
Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli,
sa supplication parviendra jusqu’au ciel.
La prière du pauvre traverse les nuées ;
tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable.
Il persévère tant que le Très-Haut n’a pas jeté les yeux sur lui,
ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice.

– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23)

R/ Un pauvre crie ;
le Seigneur entend. (Ps 33, 7a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur entend ceux qui l’appellent :
de toutes leurs angoisses, il les délivre.

Il est proche du cœur brisé,
il sauve l’esprit abattu.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.
Deuxième lecture
« Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice » (2 Tm 4, 6-8.16-18)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé,
je suis déjà offert en sacrifice,
le moment de mon départ est venu.
J’ai mené le bon combat,
j’ai achevé ma course,
j’ai gardé la foi.
Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice :
le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là,
et non seulement à moi,
mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour
sa Manifestation glorieuse.
La première fois que j’ai présenté ma défense,
personne ne m’a soutenu :
tous m’ont abandonné.
Que cela ne soit pas retenu contre eux.
Le Seigneur, lui, m’a assisté.
Il m’a rempli de force
pour que, par moi,
la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout
et que toutes les nations l’entendent.
J’ai été arraché à la gueule du lion ;
le Seigneur m’arrachera encore
à tout ce qu’on fait pour me nuire.
Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste.
À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

– Parole du Seigneur.


Évangile
« Le publicain redescendit dans sa maison ; c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien » (Lc 18, 9-14)

Alléluia. Alléluia.
Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui :
il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation.
Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien,
et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
‘Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes
– ils sont voleurs, injustes, adultères –,
ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
Le publicain, lui, se tenait à distance
et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant :
‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
Je vous le déclare :
quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste,
plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »

– Acclamons la Parole de Dieu.























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