Homélie pour le 8e dimanche du temps ordinaire Année C « Trois images ou paraboles »

Hermann Giguère

Homélies dominicales pour les temps liturgiques par Mgr Hermann Giguère P. H., Séminaire de Québec. Homélie du 3 mars 2019. Textes: Siracide 27, 4-7, 1 Corinthiens 15, 54-58 et Luc 6, 39-45.

Nous continuons à écouter les conseils de Jésus dans le Discours ou Sermon sur la montagne que saint Luc a retenus. Note: À la différence des autres évangélistes, saint Luc le situe « sur un terrain plat » cf.Luc 6,17. Ce matin saint Luc nous présente des images que Jésus utilisait pour enseigner à ses disciples et à ceux et à celles qui venaient l’entendre, car il leur parlait souvent ainsi. Les évangiles appellent ces images des paraboles. « Il leur disait en parabole… » écrit saint Luc ici. Les paraboles sont des images ou des histoires qui apportent un enseignement que Jésus veut que les gens comprennent et qu’ils retiennent.

Ce matin nous avons trois images ou paraboles : celle des deux aveugles, celle de la poutre et de la paille puis celle de l'arbre et de son fruit. Comment les comprendre et quoi en retenir?

On pense que saint Luc les utilisait pour enseigner les nouveaux baptisés lorsqu’il prêchait avec saint Paul. Je ne sais comment saint Luc les commentait. Mais je vais faire un peu comme lui ce matin. Je vais y aller de mon commentaire personnel pour nous qui sommes tous et toutes d’une certaine façon des nouveaux baptisés car nous n’avons jamais été au fond totalement de ce qu’on croit et du message de Jésus. Nous avons toujours à apprendre et à vivre des choses nouvelles.

I - Les aveugles

« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? » dit Jésus. Cette observation est on ne peut plus évidente. Elle est très parlante et porteuse de sens.

Tout d’abord, elle nous dit qu’on doit choisir qui on suit. Si on suit tout un chacun, celui ou celle qui parle le plus fort, celui ou celle qui ne veut que plaire à nos désirs, sans discernement, on risque de « tomber dans le trou » comme dit Jésus. La première leçon de cette petite parabole est donc une invitation au discernement. Dans nos vies, il est important de prendre le temps de s’arrêter un peu, de temps à autre, pour regarder où notre vie s’en va, pour se laisser éclairer par la lumière de l’Esprit de Dieu en nous. C'est dans la prière que se réalise le mieux ce temps d'arrêt qui favorise l'écoute.

L’autre enseignement de cette petite parabole est contenu dans la deuxième phrase : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître ». Toute personne qui se lance dans la vie et qui cherche à se réaliser a besoin de guides et de mentors comme on dit aujourd’hui. Encore là, il faut choisir un bon maitre, lui il nous formera et alors nous pourrons aller de l’avant par nous-même. Bien entendu, saint Luc pense à Jésus comme ce Maître idéal. Si nous le suivons, il nous formera et nous pourrons par nous-même faire face aux aléas de la vie et avancer sans tomber dans les fossés et les ravins. Il sera lui-même notre chemin comme il le dit dans l’évangile de saint Jean « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». (Jean 14, 6)

II - La poutre et la paille

Passons maintenant à l’image de la poutre et de la paille. Cette image est très connue. Et elle est tellement bien choisie qu’elle n’a presque pas besoin d’explication. Tout le monde la comprend. Le message est le suivant « Avant de mettre les responsabilités sur autrui commence par te regarder ».

Cette invitation si elle était suivie éviterait bien des conflits dans les familles et les couples, dans les groupes de toutes sortes, n’est-ce pas? Elle est un gage de réalisme et de vérité dans son regard sur soi et sur les autres.

Nous avons tendance à minimiser nos travers et à grossir ceux des autres. La nature humaine est faite ainsi. Jésus nous met en garde. Cette image nous invite à mettre toujours dans notre regard sur les autres de la miséricorde et de la compassion comme le fait Dieu quand il nous regarde.

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » rapporte saint Luc quelques versets avant le passage que nous venons de lire. Ce regard miséricordieux est encore plus nécessaire si nous sommes d'une façon ou de l'autre en position d’autorité comme les sont les parents, les enseignants, les pasteurs. Il est facile de se rabattre sans discernement sur des normes ou des règles sans regarder ce qu’il y dans le cœur des personnes.

Jésus nous invite ici ajuster notre regard sur la réalité des personnes en respectant leur dignité et leur originalité. Car les personnes ne sont pas toutes pareilles. Nous avons besoin d’en tenir compte dans nos jugements et nos contacts avec elles

III - L’arbre et son fruit

La troisième image, celle de l’arbre et de son fruit, me suggère de souligner, comme un jardinier que je suis dans mes temps libres, que les arbres fruitiers, en particulier, ont besoin de soins suivis et d’attention pour que leurs fruits soient beaux. Ce qui est important c’est cette attention à soigner l’arbre lui-même, car « c’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre » comme le note si bien le passage du livre de Ben Sira le Sage lu dans la première lecture. Les fruits sont le résultat de ces soins. Plusieurs mettent la charrue devant les bœufs et ne pensent qu’aux fruits à récolter. Ils oublient de prendre soin de l’arbre qui porte les fruits

Cette leçon est très riche pour nous. Dans notre vie il est beaucoup mieux de laisser le Seigneur s’occuper des fruits, il fera sortir « du trésor de notre cœur qui est bon » comme le dit l'évangile. Quant à nous nous avons à mettre les efforts pour préparer le terreau où les arbres vont pousser. Comme de bons jardiniers nous ensemencerons, nous abriterons les pousses au besoin, nous couperons et émonderons l’arbre parfois, nous le nourrirons aussi avec soin. Cet arbre c’est notre vie et notre communauté chrétienne.

Conclusion

Vous voyez bien par mes commentaires que les images de Jésus retenues par saint Luc, ces trois petites paraboles, peuvent encore aujourd’hui entraîner des applications concrètes. En effet, les paroles de l’Évangile et des Écritures Saintes en général sont esprit et vie. Elles ne sont pas des paroles vaines mais des paroles qui peuvent nous inspirer si nous prenons la peine de les écouter et de les méditer.

Demandons au Seigneur de recevoir ces paroles aujourd’hui avec un cœur ouvert. Nourris par ces paroles de l’Écriture, nous pouvons maintenant nous tourner vers Celui qui est la Parole de Dieu incarnée présent parmi nous par son Corps et son Sang que nous vénérons dans le Pain et Vin consacrés.

Qu’il soit pour nous le Maître par qui nous nous laissons former afin de devenir à sa suite de plus en plus ajustés à la volonté de Dieu sur nous et sur notre communauté.


Amen!


Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


26 février 2019


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Lectures de la messe pour le 8e dimanche du temps ordinaire Année C

Première lecture
« Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé » (Si 27, 4-7)

Lecture du livre de Ben Sira le Sage

Quand on secoue le tamis, il reste les déchets ;
de même, les petits côtés d’un homme
apparaissent dans ses propos.
Le four éprouve les vases du potier ;
on juge l’homme en le faisant parler.
C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ;
ainsi la parole fait connaître les sentiments.
Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé,
c’est alors qu’on pourra le juger.

– Parole du Seigneur.
Psaume
(Ps 91 (92), 2-3, 13-14, 15-16)

R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. Ps 91, 2)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits !

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »
Deuxième lecture
« Dieu nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ » (1 Co 15, 54-58)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères,
au dernier jour,
quand cet être périssable
aura revêtu ce qui est impérissable,
quand cet être mortel
aura revêtu l’immortalité,
alors se réalisera la parole de l’Écriture :
La mort a été engloutie dans la victoire.
Ô Mort, où est ta victoire ?
Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ?
L’aiguillon de la mort,
c’est le péché ;
ce qui donne force au péché,
c’est la Loi.
Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire
par notre Seigneur Jésus Christ.
Ainsi, mes frères bien-aimés,
soyez fermes, soyez inébranlables,
prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur,
car vous savez que, dans le Seigneur,
la peine que vous vous donnez n’est pas perdue.

– Parole du Seigneur.
Évangile
« Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 39-45)

Alléluia. Alléluia.
Vous brillez comme des astres dans l’univers
en tenant ferme la parole de vie.
Alléluia. (Ph 2, 15d.16a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples en parabole :
« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
Le disciple n’est pas au-dessus du maître ;
mais une fois bien formé,
chacun sera comme son maître.

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
alors que la poutre qui est dans ton œil à toi,
tu ne la remarques pas ?
Comment peux-tu dire à ton frère :
‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’,
alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;
alors tu verras clair
pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ;
jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.
Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit :
on ne cueille pas des figues sur des épines ;
on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L’homme bon tire le bien
du trésor de son cœur qui est bon ;
et l’homme mauvais tire le mal
de son cœur qui est mauvais :
car ce que dit la bouche,
c’est ce qui déborde du cœur. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

" Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?" Luc 6, 39 (Domaine public)

















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