Homélie pour les funérailles d'une défunte : « Les justes sont dans la main de Dieu »

Hermann Giguère

Funérailles d'une défunte en l'église de St-Joseph-de-Beauce 9 novembre 2019. La défunte de 101 ans a souffert pendant plusieurs années de déficiences associées souvent à la maladie d'Alzheimer et elle a été admirablement accompagnée par ses proches pendant tout ce temps. Comme elle faisait partie de ma famille et que je la fréquentais régulièrement, j'ai vu de près son cheminement au fil des jours et des ans. Textes de l'Écriture: Sagesse, 2, 23; 3, 1-6.9 et Jean 14, 1-6.

La défunte est décédée à 101 ans. Elle a vécu les dernières années de sa vie dans des diminutions importantes et quasi totales de ses capacités physiques, intellectuelles et relationnelles. Elle était pourtant entourée avec amour de sa famille qui ne l’a pas abandonnée un seul instant. Comme elle le souhaitait, elle est morte dans son lit.

Cette situation vécue par la défunte dans les dernières années de sa vie où elle était là mais où on ne pouvait communiquer avec elle comme on le fait habituellement m’a inspiré le thème de cette homélie. Ses dernières années – vous serez peut-être surpris - sont pour moi une image de la vie éternelle.


I – La vie éternelle

Je vous explique mon point de vue. Nous ne pouvions plus communiquer comme avant avec elle et pourtant sa famille et ses proches ne l’ont pas mise de côté. Elle est restée présente tous les jours pour eux. Une présence vivante malgré les limites qui apparaissaient, une présence perceptible par certains signes ou petits gestes.

Voilà le point que j’aimerais retenir et souligner avec vous. La défunte malgré ses diminutions est restée toujours bien vivante. La vie en elle était là, même lorsque nous ne la voyions pas. La défunte n’était pas un simple objet, mais elle était toujours une personne. Elle vivait. Ses enfants et toute sa famille ont fait le choix d'avoir foi en cette vie qui était en elle. Ils l'ont entourée d’amour et de soins.

II - Une image de la vie éternelle

Pourquoi je fais des dernières années de la défunte une image de la vie éternelle? La réponse est bien simple. La raison pour laquelle je vois là une image de la vie éternelle, c'est parce que pour la vie éternelle c'est un peu semblable : on y croit même si on ne la voit pas.

La vie éternelle à laquelle je crois et en laquelle plusieurs parmi vous croient aussi est, elle aussi, une réalité qui ne se voit pas comme la vie de la défunte qui ne se voyait presque plus et qui pourtant était bien là. La vie éternelle à laquelle nous sommes appelés ne se touche pas avec les moyens humains. Elle dépasse nos perceptions ordinaires. Elle repose sur la foi. C’est un choix d’y croire ou non. Je choisis d’y croire parce que des images comme celle de la vie de la défunte me disent que c’est possible de vivre autrement que de la façon dont se passe notre vie habituellement.

Cette image de la défunte demeurée pendant toutes ces années présente parmi nous malgré son handicap me dit que les défunts sont aussi présents parmi nous et que leur vie que je ne puis toucher n’est pas terminée. Ils ont atteint le terme de leur vie terrestre mais la vie reçue sur la terre s’est transformée en vie éternelle où il n’y a plus de larmes et de pleurs et où règnent la joie et le bonheur pour toujours : « [Dieu] essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé », lisons-nous dans le livre de l'Apocalypse qui termine le Nouveau Testament. (Apocalypse 21, 4)

Vous me demanderez comment cela se passera ?

Pour vous répondre je reviendrai à l’image de la défunte. La vie était en elle jusqu'à la fin. C’est cette vie qui s’est transformée en vie éternelle, une continuité dans la vie qui nous échappe mais qui est réelle pour les personnes qui y croient.

III – La source de la foi en la vie éternelle

J’ai parlé plusieurs fois de ceux et celles qui croient à la vie éternelle. J’en suis. Mais pour moi, il ne s’agit pas d’une vague croyance. Elle repose sur ma foi en Jésus-Christ qui est ressuscité et qui a accédé à la vie éternelle. Il est ainsi devenu, comme le dit saint Paul dans sa Lettre aux Colossiens, le Premier-Né d’entre les morts, « afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude ». (Colossiens 1, 18-19)

Dans le passage de l’évangile que j’ai retenu pour notre célébration, Jésus annonce la bonne nouvelle qu’il ne sera pas seul mais que dans la vie éternelle toute personne a une place qui lui est réservée. La vie éternelle n’est pas simplement une prolongation de la vie, c’est une rencontre dans une demeure habitée par ceux et celles qui nous ont quitté en compagnie de Jésus et des saints et des saintes que nous vénérons.

Je ne peux en dire plus car, personne n’est revenu à la vie, sauf Jésus ressuscité, qui nous invite à le suivre et à le reconnaître comme notre Seigneur et Sauveur. Ainsi nous pourrons, le temps venu, entrer dans la demeure qui nous a été préparée de toute éternité et nous asseoir à la table de Dieu notre Père avec Lui. (cf. Apocalypse 3, 20)

Conclusion

Cette messe est une occasion de le faire par des symboles comme celui de la communion au Pain et au Vin consacrées et par le partage de la Parole de Dieu qui nourrissent notre vie ici-bas et notre vie à venir.

En terminant disons cette prière, si vous le voulez bien :

« Maître et Créateur de toutes choses,
accepte la vie que j’ai reçue de toi.
Tu me l’as donnée ici-bas sur la terre
pour qu’elle devienne porteuse de vie éternelle.
Père, entre tes mains je remets ma vie. »

Amen!

Mgr Hermann Giguère P.H.
Faculté de théologie et de sciences religieuses
de l'Université Laval
Séminaire de Québec


5 novembre 2019


























L'ancre de l'espérance (Crédits photo : H. Giguere
L'ancre de l'espérance (Crédits photo : H. Giguere


Lecture du Livre de la Sagesse (Sg 2, 23 ; 3, 1-6.9)

Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même. La vie des justes est dans la main de Dieu, aucun tourment n’a de prise sur eux. Celui qui ne réfléchit pas, s’est imaginé qu’ils étaient morts ; leur départ de ce monde a passé pour un malheur ; quand ils nous ont quittés, on les croyait anéantis, alors qu’ils sont dans la paix. Aux yeux des hommes, ils subissaient un châtiment mais, par leur espérance, ils avaient déjà l’immortalité. Ce qu’ils ont eu à souffrir était peu de chose auprès du bonheur dont ils seront comblés, car Dieu les a mis à l’épreuve et les a reconnus dignes de lui. Comme on passe l’or au feu du creuset, il a éprouvé leur valeur ; comme un sacrifice offert sans réserve, il les a accueillis. Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur comprendront la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront avec lui dans son amour car il accorde à ses élus grâce et miséricorde.


Évangile de Jésus Christ selon Saint Jean (14, 1-6)

A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : « Je pars vous préparer une place ? ». Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin ». Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? ». Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ».




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